« Vous connaissez d’autres personnes qui vivent la même chose que moi ? »
En plus de treize ans d’accompagnement en reconquête amoureuse, Chrystelle Lepage a entendu cette question sous différentes formes des centaines de fois.
Derrière elle, il n’y avait pas toujours une demande de conseil.
Parfois, les personnes avaient simplement besoin de savoir.
Savoir qu’elles n’étaient pas les seules à attendre un message.
Les seules à trouver une journée plus difficile que la précédente.
Les seules à avoir compris ce qu’elles devraient faire… et à ne pas réussir à le tenir.
À la tête de Love Consulting, Chrystelle accompagne depuis plus de treize ans des personnes confrontées à la rupture amoureuse et aux difficultés de couple.
Vidéos, formations, coachings : au fil des années, elle a développé de nombreux contenus pour expliquer, guider et donner des stratégies concrètes.
Mais une question revenait.
Encore et encore.
Est-ce que d’autres vivent la même chose que moi ?
Lorsque Chrystelle a proposé ses premiers défis à sa communauté, elle a découvert ce qui pouvait se passer lorsque ces personnes ne se contentaient plus d’entendre parler « des autres ».
Elles pouvaient enfin avancer avec elles.
Pour cet article un peu particulier, c’est Alexia, membre de l’équipe UPMATES, qui a posé les questions à Chrystelle.
Une question qui revenait sans cesse
Chrystelle, pourquoi cette question t’a-t-elle autant marquée au fil de tes accompagnements ?
Parce qu’elle revenait vraiment tout le temps !
Les personnes ne la formulaient pas toujours exactement de la même manière.
Parfois, c’était : « Vous avez déjà eu un cas comme le mien ? »
Ou : « Les autres aussi ont autant de mal à tenir ? »
Ou encore : « Vous avez déjà accompagné quelqu’un dont l’ex disait exactement la même chose ? »
Au départ, on pourrait penser qu’elles cherchent simplement à être rassurées sur leur situation.
Et parfois, c’est le cas.
Mais avec le temps, j’ai compris qu’il y avait aussi autre chose.
La rupture amoureuse est une expérience dans laquelle on peut se sentir terriblement seul.
Même lorsqu’on est entouré.
Tes amis peuvent être là. Ta famille peut t’écouter. Mais au bout d’un moment, tu peux avoir l’impression qu’ils ne comprennent plus vraiment pourquoi tu es encore aussi mal.
Et quand quelqu’un découvre qu’une autre personne vit exactement la même difficulté, il se passe quelque chose.
Elle se dit : « D’accord. Donc je ne suis pas complètement folle. »
Et rien que ça, parfois, ça fait du bien.
Comprendre n’est pas toujours tenir
Tu produis des contenus depuis des années. Les personnes qui te suivent savent pourtant souvent ce qu’elles devraient faire, non ?
Oui !
Et c’est justement ça qui est intéressant.
J’ai des personnes capables de m’expliquer parfaitement ce qu’elles devraient faire.
Elles connaissent mes vidéos.
Elles ont compris pourquoi il ne faut pas envoyer ce message.
Elles savent qu’elles doivent prendre du recul.
Elles savent parfois même exactement ce que je vais leur répondre avant de me poser la question !
Mais entre savoir et réussir à tenir, il y a un monde.
Quand il est 23 heures, que tu regardes ton téléphone et que tu as envie d’écrire à ton ex, ce n’est pas une vidéo YouTube regardée trois jours plus tôt qui va forcément suffire.
Tu peux connaître toute la théorie.
L’émotion est là quand même.
C’est ce constat qui t’a amenée à imaginer des défis ?
Oui, en grande partie.
Je me suis demandé comment faire pour que les personnes ne se contentent plus de comprendre ce que je leur explique.
Je voulais les aider à traverser l’action.
Jour après jour.
Mon premier défi autour de la reconquête amoureuse était très simple dans son principe : pendant sept jours, ne pas être à l’initiative d’un contact avec son ex.
Sur le papier, cela paraît presque facile.
Dans la réalité, pour certaines personnes, sept jours peuvent sembler extrêmement longs.

Sept jours sans envoyer ce message
Le défi proposé par Chrystelle ne cherchait pas à enseigner une nouvelle stratégie de reconquête amoureuse chaque jour.
L’objectif était différent.
Tenir une action.
Aujourd’hui.
Puis recommencer demain.
Pourquoi avoir choisi une consigne aussi précise ?
Parce que je ne voulais surtout pas leur dire : « Pendant sept jours, prenez soin de vous et recentrez-vous sur vous-même. »
C’est très joli.
Mais concrètement, ça veut dire quoi ?
Chacun va devoir interpréter la consigne.
Et surtout, quand l’émotion va monter, elle ne va pas forcément aider.
Je voulais quelque chose de très clair.
Aujourd’hui, tu n’es pas à l’initiative d’un contact.
C’est tout.
Tu peux avoir envie d’écrire.
Tu peux trouver la journée difficile.
Tu peux même venir dire que tu as passé une journée horrible !
Mais l’action reste la même.
Et demain, on recommence.
Découvrir les autres
À quel moment as-tu compris que les participants ne venaient pas uniquement pour ton contenu ?
Très vite.
Je connaissais déjà ce besoin de savoir ce que vivaient les autres grâce aux coachings.
Mais là, je pouvais réellement l’observer.
Une personne partageait qu’elle avait failli envoyer un message.
Une autre répondait qu’elle avait vécu exactement la même chose la veille.
Quelqu’un expliquait qu’il trouvait le troisième jour plus difficile.
Et d’autres se reconnaissaient.
Je pense que certaines personnes ont découvert qu’elles partageaient beaucoup plus de choses qu’elles ne l’imaginaient.
Et surtout, je n’avais plus besoin de leur dire : « Je vous assure, d’autres personnes vivent la même chose. »
Elles le voyaient.
Est-ce que cela change quelque chose dans la manière de vivre une difficulté ?
Je pense que oui.
Attention, cela ne supprime pas la douleur.
Ce n’est pas magique.
Mais la solitude est différente.
Quand tu vois quelqu’un écrire : « Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de craquer », et que toi aussi tu passes une mauvaise journée, tu peux te reconnaître.
Et parfois, quelques heures plus tard, cette même personne revient dire : « Finalement, j’ai tenu. »
Tu te dis peut-être que toi aussi, tu peux tenir.
C’est très simple.
Mais humainement, je trouve ça puissant.
S’encourager sans se connaître
Sur UPMATES, les commentaires ne sont pas organisés autour d’une conversation générale.
Ils restent associés à l’action proposée pour la journée.
Les participants qui avancent au même rythme découvrent donc les témoignages liés à une difficulté qu’ils sont eux-mêmes en train de traverser.
Est-ce que tu as vu des personnes s’encourager alors qu’elles ne se connaissaient pas avant le défi ?
Oui, complètement.
Et c’est même une des choses que j’ai le plus aimées.
Parce qu’au départ, elles viennent pour le défi.
Elles viennent parce qu’elles me connaissent ou parce qu’elles connaissent Love Consulting.
Elles ne viennent pas forcément pour rencontrer d’autres personnes.
Et pourtant, naturellement, elles commencent à se répondre.
À se féliciter.
À dire : « Courage, moi aussi c’était difficile aujourd’hui. »
Je trouve qu’il y a quelque chose de très sain là-dedans.
Ce n’est pas un groupe dans lequel on parle de sa rupture toute la journée.
Il y a une action.
Un cadre.
Et les échanges se créent autour de ce que les personnes sont en train d’essayer de faire.
La communauté prend le relais
En tant que coach, est-ce étrange de voir les participants commencer à s’aider entre eux ?
Non, au contraire !
C’est génial.
Je crois qu’on a parfois une mauvaise vision du rôle du coach ou de l’expert.
On pense qu’il doit être au centre de tous les échanges.
Qu’il doit répondre à tout.
Encourager chaque personne individuellement.
Relancer.
Motiver.
Mais une communauté peut aussi avoir sa propre force.
Je peux créer le défi.
Choisir l’action.
Expliquer pourquoi elle est importante.
Donner un cadre.
Mais quand une personne dit à une autre : « Je te comprends, j’ai vécu exactement la même chose hier », elle lui apporte quelque chose que je ne peux pas toujours apporter de la même manière.
Parce qu’elle est en train de vivre l’expérience avec elle.
Est-ce que tu as eu l’impression de découvrir ta communauté autrement ?
Oui.
Clairement.
Quand on crée beaucoup de contenu, on voit des vues.
Des likes.
Des commentaires.
On reçoit des messages.
Mais cela reste souvent une relation entre le créateur et la personne qui le suit.
Là, j’ai vu ce qui pouvait se passer entre les membres de ma communauté.
Et je crois que c’est quelque chose que je n’avais pas suffisamment exploité auparavant.
J’avais une audience composée de personnes qui partageaient parfois les mêmes peurs, les mêmes difficultés et les mêmes objectifs.
Mais elles ne le savaient pas forcément.
Une audience qui découvre ses points communs
C’est peut-être l’une des différences les plus importantes entre une audience et une communauté active.
Une audience peut suivre la même personne pendant des années sans jamais réellement prendre conscience de ce qui la relie aux autres abonnés.
Chacun regarde la vidéo depuis son téléphone.
Chacun lit l’email dans sa boîte de réception.
Chacun traverse sa difficulté de son côté.
Le créateur devient le point commun.
Mais les membres restent invisibles les uns pour les autres.
Est-ce que le défi a finalement rendu visible quelque chose qui existait déjà ?
Oui, c’est exactement ça.
Ces personnes avaient déjà des points communs.
UPMATES ne les a pas inventés.
Elles suivaient Love Consulting pour des raisons souvent proches.
Elles se posaient certaines des mêmes questions.
Elles rencontraient parfois les mêmes difficultés.
Mais elles vivaient tout cela individuellement.
Le défi a simplement créé un endroit et un moment où elles pouvaient le découvrir.
Et surtout, avancer autour d’une même action.
Je crois que c’est ça qui a fait la différence.
Ne plus être la seule à tenir
Pendant sept jours, les participants au défi de Chrystelle n’ont pas suivi une formation supplémentaire sur la reconquête amoureuse.
Ils n’ont pas reçu sept nouvelles stratégies à mémoriser.
Ils ont essayé de tenir.
Une journée.
Puis deux.
Puis trois.
Et lorsqu’une journée devenait plus difficile, ils pouvaient découvrir que d’autres traversaient exactement le même moment.
Certains partageaient leurs difficultés.
D’autres leurs petites victoires.
Des encouragements apparaissaient entre des personnes qui ne s’étaient jamais rencontrées.
Si tu devais retenir une seule chose de cette première expérience, ce serait laquelle ?
Que j’avais probablement sous-estimé la force que les membres de ma communauté pouvaient s’apporter entre eux.
Pendant des années, quand quelqu’un me demandait : « Vous connaissez d’autres personnes qui vivent la même chose que moi ? », je répondais oui.
Je racontais parfois, sans évidemment dévoiler l’identité de qui que ce soit, que j’avais accompagné d’autres personnes dans une situation proche.
Je cherchais à rassurer.
Avec le défi, je n’avais plus besoin de le dire.
Ils pouvaient le constater eux-mêmes.
Et mieux encore : ils pouvaient s’encourager.
Je crois que parfois, pour tenir une journée de plus, on n’a pas forcément besoin d’un nouveau conseil.
On a simplement besoin de voir que quelqu’un d’autre est encore là, lui aussi.